Groder & Greene

 

[groder & greene]

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burton greene - piano
brian groder - trumpet/flugelhorn
rob brown - alto saxophone
adam lane - double-bass
ray sage - drums

 

"Groder & Greene have left us with one of this year's best."
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liner notes by Bill Shoemaker

liner notes by Joseph Hayes

Groder and Greene

Listening to a recording of free jazz is a bit like watching travelers in a busy train terminal. People of all sizes and colors are moving in every direction; some of them are headed out of town, while some are on their way home. What these folks share is the need to get to the platform or the street straight away, and each pace, sidestep and sudden, momentary halt serves this heightened sense of purpose. Before long, what was initially perceived as a formless mass becomes perceptible, if constantly changing currents, carrying people to their destinations. There is no superstructure to it per se; but there is an organic quality that is fascinating to behold.

One reason this analogy holds any water lies in the sophistication of free jazz practitioners as travelers, one that extends far beyond the ability to bob and weave through a crowd. It is the acuity that comes from regularly being in transit, the sharpened sense of time and of the changing options each moment brings, that is most pointedly applicable to free jazz. Free jazz is music of, by and for the moment, a navigational, not an architectural endeavor. Certainly, each moment brings formal considerations to the fore; yet, the appropriate response is to deal with them in passing, as the next moment will present more. In doing so, the integrity of free jazz as a method as opposed to a genre is maintained.

This adherence to methodology gives free jazz a unique and intriguing projection of form unfolding in real time. Mature practitioners understand the rigor entailed in being responsive, but not over committing to any material. The causeway to the next moment has to remain open, and locking into a phrase or a rhythm may well work against that priority. Without the anticipation of and a clear path to the next moment, free jazz becomes clogged with pastiche. What distinguishes free jazz is not idiomatic references or even flares of virtuosic brilliance, but the conveyance of spontaneous interaction and invention.

Free jazz has retained its vitality in large measure because it is resistant to codification theres no fake book for it. This is extraordinary, given that free jazz has now been extensively documented and strenuously scrutinized for approximately a half century, roughly the time span between Stephen Fosters Beautiful Dreamer and Arnold Schoenbergs Pierrot Lunaire. Now in a cusp where early practitioners are collaborating with their beneficiaries, free jazz can reassert its values within a context that gives priority to history or to the moment, which exists beyond the clutches of history.

The five musicians gathered for this recording have clearly chosen the latter. This is particularly noteworthy given the presence of pianist Burton Greene, an icon by virtue of his early recordings and membership in the Jazz Composers Guild, and an enigma because of long subsequent stretches off the radar. This album could have easily been about little else other than Greene, and justifiably so. Yet, the imperative of the collective has remained deeply ingrained in Greenes sensibilities, repeatedly manifesting itself throughout the album as keen, ensemble-minded playing. Additionally, the moments that highlight Greene emerge unforced, and eclipse with equal ease.

This speaks to the qualities of the contributions by the other four musicians, each a leader in their own right and a substantial contributor to New Yorks free jazz community. Of them, Rob Brown may have the lengthiest CV, but Brian Groder, Adam Lane and Ray Sage are respectively well-credentialed. Greene joins an impressive list of luminaries from their aggregated rsums, including Sam Rivers and John Tchicai. Most importantly, they bring mature voices to the proceedings, their interaction conferring formal properties onto the moment while vaulting the ensemble into the next.

Perhaps ironically, the albums sole composition, Greenes Hey Pithy, Can You Thropt the Erectus?, provides fine initial insight into the chemistry of the eight collective pieces that use loosely described rendezvous points . The referenced Mingus composition is a bellwether of faux primitivism in jazz, an erudite projection of the primal, which remains a tenet of free jazz. But, Greenes title and materials also convey time-honored jazz values like whimsy and humor, which yields a contrasting form of banter. Both modes of interaction and the many gradations between them stream through the album.

Groder, Greene, Brown, Lane and Sage traverse the partially mapped terrains of the collective pieces, coalescing around a rhythm, a motive or a texture and then peeling off in various directions with agility and occasional grace. They each have a refreshing relationship to jazz vernacular and usage; they dont keep jazz at arms length or within a post-jazz context. Instead, they move jazz along with them. It has an organic quality that is fascinating to hear.

Bill Shoemaker, March 2009

Groder et Greene

L’écoute d’un enregistrement de free jazz n’est pas sans rappeler le passage de voyageurs dans une gare. Des gens de toutes tailles et couleurs se déplacent en tous sens, certains en direction des quais, d’autres vers les sorties. Peu importe la destination, les uns et les autres veulent arriver au but, mais doivent se plier aux mouvements de la foule, aux obstacles dressés sur leur parcours. Dans cette cohue, l’observateur ne perçoit pas de structure d’ensemble, mais une espèce de foisonnement fascinant.

L’analogie vaut en raison, entre autres, de cette disposition particulière des praticiens du free jazz à assumer le rôle de voyageurs par-delà la seule nécessité de se frayer un chemin dans une foule. Plus précisément, ces musiciens sont doués d’une acuité spéciale par rapport au déploiement de la musique, acuité cultivée par un sens aiguisé de la temporalité et, atout essentiel pour jouer du free jazz, une perception de la multiplicité des avenues qui s’ouvrent à chaque instant. Le dessein premier de cette musique ne relève pas d’une construction architecturale, mais d’un processus de navigation. Certes, des considérations d’ordre formel se présentent à chaque moment, mais comme d’autres surgissent juste après, mieux vaut les utiliser en passant. Vu sous cet angle, le free jazz conserve son essence comme méthodologie et non comme genre ou style musical.

Cette adhésion méthodologique donne au free jazz une projection unique et intrigante par rapport à l’élaboration de la forme en temps réel. Les plus expérimentés comprennent le besoin de rigueur dans l’interaction, sans pour autant s’attarder sur les matériaux : s’accrocher à une phrase ou à un rythme pourrait même aller à l’encontre de cet impératif, d’où l’importance de maintenir l’ouverture à tout moment. Le free jazz devient du pastiche en l’absence d’un sens aiguisé de l’anticipation et d’une clarté d’intention dans le jeu. Cette musique ne cherche pas à véhiculer des références stylistiques ou des accès de virtuosité, mais l’invention spontanée par l’interactivité.

Le free jazz est une musique particulièrement vitale aujourd’hui parce qu’il résiste à la codification. Contrairement au jazz standard, celui-ci n’a aucun répertoire fixe, ni de cahier de pièces (fake books). D’autant plus remarquable pour une musique abondamment documentée et étudiée depuis près d’un demi-siècle – une période de temps à peu près identique à celle qui sépare la chanson Beautiful Dreamer du chantre américain Stephen Foster du Pierrot Lunaire de Schoenberg. Comme il est aussi possible de mettre sur pied des projets conjoints unissant les pères fondateurs du mouvement et leurs fils spirituels, le free maintient sa pertinence en liant le présent à une histoire dénuée de tout relent nostalgique.

Les cinq musiciens rassemblés sur ce disque ont clairement choisi de ne pas se complaire dans ce passé, décision d’autant plus admirable que le pianiste Burton Greene est du nombre. Véritable icône de cette musique, Greene a participé aux premiers enregistrements de jazz libre des années 1960 et au légendaire Jazz Composers Guild, mais ses longues éclipses de la scène musicale américaine font de lui un personnage énigmatique. À lui seul, ce vétéran aurait pu être l’unique centre d’intérêt du disque. Pourtant, cet impératif de la musique collective s’exprime dans son jeu intelligent, sensible et complice avec ses jeunes acolytes. Bien qu’on lui donne l’occasion de s’illustrer comme soliste, il sait aussi se retirer au profit de son entourage.

Ainsi en est-il pour ses quatre complices. Engagés dans la communauté newyorkaise du free jazz, ces musiciens sont aussi de solides personnalités. Parmi eux, Rob Brown a sans doute le plus haut profil, mais Brian Groder, Adam Lane et Ray Sage ne sont pas des improvisateurs de second ordre : bien au contraire, car l’un ou l’autre a eu l’occasion de se mesurer à des grands comme Sam Rivers ou John Tchicai. Que ce soit dans leurs interactions, la mise en forme de la musique ou sa relance constante, ces jeunes jouent avec une maturité exemplaire.

Des neuf plages au programme, peut-être l’unique composition (Hey Pithy, Can You Thropt the Erectus? du pianiste) dévoile, non sans ironie, un peu de la chimie des autres morceaux organisés autour de points de ralliements aléatoires. Ce titre fait évidemment allusion à la célèbre composition de Mingus, archétype du faux primitivisme en jazz, ou projection savante d’un élément primal indispensable au free jazz. Mais le titre de cette pièce et ses matériaux incarnent deux valeurs fermement ancrées dans le canon du jazz, la légèreté et l’humour, deux traits qui sous-tendent un riche éventail de contrastes et de nuances sonores.

Groder, Green, Brown, Lane et Sage explorent ces compositions collectives en saisissant un rythme, un motif ou une texture au passage, mais s’en détachent pour emprunter d’autres pistes et détours avec souplesse ou grâce occasionnelle. Chaque musicien entretient des rapports rafraîchissants avec le langage du jazz parce qu’il l’assume pleinement dans son bagage plutôt que de le bannir, ou de le déformer dans un contexte post-jazzistique. En tout et partout, la musique de ce disque fascine par son caractère organique.

Bill Shoemaker
Mars 2009
(Traduction : Marc Chénard)

Groder und Greene

Free Jazz zu hören ist ein bisschen wie den Reisenden auf einem geschäftigen Bahnhof zuzusehen. Personen jeder Grösse und Farbe strömen in alle möglichen Richtungen, einige fahren aus der Stadt, die anderen kehren in sie zurück. Was sie verbindet, ist, dass sie wissen, wohin sie möchten – direkt zum Bahnsteig oder zur Strasse, jeder Schritt, jeder Halt oder Richtungswechsel erhöht die Bestimmtheit, mit der der Weg begangen wird.

Bald bekommt, was zuerst formlose Masse schien, Struktur, es entstehen durcheinander fliessende Ströme, die Menschen an ihr Ziel bringen. Es gibt keinen genauen Plan, aber eine organische Qualität, die zu beobachten höchst faszinierend ist.

Der Vergleich zieht umso mehr, als Free Jazz-Musiker erfahrene Reisende sind, durchs wippende Publikum und weiter hinaus. Es ist die Scharfsinnigkeit, die entsteht, wenn man dauernd unterwegs ist, das geschärfte Gefühl für Zeit und die sich ändernden Möglichkeiten und Momente, die sich treffend auf Free Jazz anwenden lassen.

Free Jazz entsteht durch, im und für den Moment, er ist ein navigatorisches, kein architektonisches Unterfangen. Klar stellen sich mit jedem Moment formale Fragen, sie werden aber im Vorbeigehen in Angriff genommen – der nächste Moment wird weitere Türen öffnen. So bewahrt sich Free Jazz seine Integrität vielmehr als Methode denn als Genre.

Diese methodische Ausrichtung gibt Free Jazz eine einzigartige und fesselnde Projektion einer sich in Echtzeit entwickelnden Form. Reife Spieler kennen die Disziplin, die es braucht, reaktionsfähig zu sein, sich aber nicht zu stark ans Material zu binden. Der Ausweg zum nächsten Moment muss offen bleiben. Sich auf eine Phrase oder einen Rhythmus festzulegen, wiederläuft dieser Priorität. Wenn Free Jazz ohne Vorgefühl für einen klaren Weg zum nächsten Moment gespielt wird, gerät er zur leeren Nachahmung. Was guten Free Jazz ausmacht, sind nicht idiomatische Referenzen oder aufflackernde, brillante Virtuosität, sondern die Zusammenkunft von spontaner Interaktion und Erfindung.

Free Jazz bleibt dynamisch, weil er weitgehend frei von Kodierung ist – man kann ihn nicht fälschen. Das ist ausserordentlich, angesichts der breiten Dokumentation und der genauen Prüfung, die man ihm seit einem halben Jahrhundert zukommen lässt, ungefähr seit der Zeit von Stephen Foster’s “Beautiful Dreamer” und Arnold Schoenberg’s Pierrot Lunaire.

Nun auf einem Gipfel, wo langjährige Profis sich mit ihren ebenso versierten Zöglingen austauschen, beweist Free Jazz seine Werte in einem Umfeld, das ein Augenmerk auf Geschichte legt, aber auch auf den Moment, der hinter den Fängen der Zeit besteht.

Die fünf Musiker, die für diese Aufnahme zusammengefunden haben, begehen diesen Weg. Besonders zu beachten ist dabei Pianist Burton Greene, eine Ikone seit seinen frühen Aufnahmen und Mitglied der Jazz Composers Guild; ein Enigma aber auch, weil er oft über Jahre nicht auf dem Jazz-Radar auftaucht.

Auf diesem Album hätte es sich leicht nur um Greene drehen können, und mit Recht. Aber Greene hat soviel Spürsinn für den Imperativ des Kollektivs, das er sich auf dem Album immer wieder als eifriger, dem Ensemble verpflichteten Spieler zeigt. Seine Highlights wirken so spontan und stechen gleichzeitig heraus.

Das sagt viel aus über die Qualität der Beiträge der anderen vier Musiker, jeder selber verdienter Bandleader und wichtiger Bestandteil der New Yorker Free Jazz Gemeinde. Rob Brown hat wohl den längsten Leistungsausweis, aber auch Brian Groder, Adam Lane und Ray Sage kommen auf höchste Empfehlung. Greene folgt einer Vielzahl von Stars, von Sam Rivers bis John Tchicai, mit denen die Musiker schon zusammen gespielt haben. Sie bringen ihre reifen Stimmen in den Vorgang ein, ihre Interaktion drückt Momenten kurz formale Eigenschaften auf und trägt das Ensemble dann weiter.

Ironischerweise gibt das einzige vorkomponierte Stück auf dem Album, Greene’s “Hey Pithy, Can You Thropt the Erectus?” guten Einblick in die Chemie der acht Stücke, in denen das Kollektiv sich lose an ein paar “Rendez-Vous-Punkten” orientiert. Die aufgeführte Mingus-Komposition ist ein Paradebeispiel von gespieltem Jazz-Primitivismus, eine wohlunterrichtete Projektion des Urgefühls, das ein Grundsatz des Free Jazz bleibt. Aber Greenes Titel und Material enthüllen auch altehrwürdige Jazz-Werte wie Launenhaftigkeit und Humor, wodurch eine Art Zwiegespräch ensteht. Beide Arten der Interaktion und die vielen Abstufungen dazwischen sind über das ganze Album zu hören.

Groder, Greene, Brown, Lane und Sage wandern durch das teilweise kartierte Terrain kollektiver Stücke. Sie kommen um einen Rhythmus, ein Motiv oder ein Gefüge zusammen und drehen dann elegant und agil in verschiedene Richtungen ab. Ihr Umgang mit der Sprache des Jazz ist erfrischend: Sie tanzen nicht um Jazz herum oder bewegen sich in einem Post-Jazz-Umfeld, sondern treiben den Jazz miteinander weiter. Das ergibt eine organische Qualität, die zu hören höchst faszinierend ist.

Bill Shoemaker, März 2009

Übersetzung: Roman Elsener

Groder および Greene

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